Sur la nostalgie (son retour, son mal).
Je notais hier que la joie qui accompagne la nostalgie n'est pas légère: le poids qu'elle exerce est fonction d'une écharde de tristesse qui en est comme le noyau.
Cette tristesse enveloppe la reconnaissance sourde que ce qui fut ne peut pas revenir, bien que le désir de son retour demeure. Il y a là un paradoxe affectif: je jouis (je suis joyeux) d'un désir dont la réalisation est impossible (ce qui m'attriste) -- car je ne peux pas revenir à ce qui ne reviendra plus --, mais dont l'impossibilité est voulue comme telle.
Je désire un irréalisable qui a déjà été réalisé, mais qui ne peut pas se réaliser une seconde fois. Je désire le retour, mais plus encore, je désire le savoir que ce retour est impossible, et je ne désire pas moins le retour que le savoir de son impossibilité.
Là est le mal propre au nostos. Là est le point de bascule de la joie dans la tristesse, de la tristesse dans la joie.
(Je retourne à l'endroit qui est l'envers de mon présent. Son envers plus encore que son passé. Ce sera ma seule concession à la spatialisation du temps: ce que je fus correspond à un autrefois qui a la saveur de l'ailleurs, un espace que j'ai habité, mais qui remonte et se décompose en échos et en couloirs ricanants, la rumeur d'une fête qui se déficelait en douceur dans le lacis des ruelles entre 3 et 4 heures du matin.)
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