vendredi 23 mai 2014
mardi 20 mai 2014
Vine litt. 7
Hier soir, peu après minuit, j'aperçois Aquin effondré sur un banc du parc Leman avec une carabine posée sur ses genoux.
-- Tout est fini.
-- Allons, allons... Tu te mets beaucoup trop de pression sur les épaules. Viens, je te paie la bière.
Aquin esquisse le mouvement de se lever, perd l'équilibre, s'effondre à nouveau, puis murmure en fixant le sol d'un air absent:
-- On ne feuillette pas le temps, c'est lui qui effeuille nos vies.
dimanche 11 mai 2014
La fin de l'histoire
La composition du récit est étrange: si la fin ordonne le commencement en sa direction, elle le pervertit. Comment serait-il possible de préserver le caractère irruptif de l'origine si, dès le départ, la fin est donnée. Écrire se réduit alors à une gestion de scènes pré-schématisées, une forme de management esthétique lui-même asservi à l'ordre de l'attente.
Si la fin doit finaliser, ce ne peut pas, ce ne doit pas être en ce sens qu'elle magnétise mécaniquement vers elle ce qui la précède, ou plus précisément, ce qui lui succède de fait, mais qu'elle renvoie derrière elle pour donner l'illusion de l'origine.
Si la fin doit finaliser, elle ne peut pas être connue a priori, mais seulement pressentie, et se révéler dans le temps de son événement, ni avant ni après, mais seulement lorsque la fin, comme tout le reste, est à hauteur d'Instant.
Le récit ne doit donc pas sortir des gonds de son origine: tout doit commencer toujours jusqu'à la fin, jusqu'à la dernière phrase, jusqu'au mot «fin».
L'origine est de l'ordre d'une catastrophe contingente -- rien ne peut faire sens de l'ouverture d'un récit -- et la fin également: si elle ne loge pas elle-même à l'enseigne du désastre, l'écriture est un acte servile.
(Mais la contingence irruptive n'est pas gratuite pour autant. Il y a une «logique» de l'explosion narrative, une poésie de ce qui se cherche dans les ruines. La déflagration est ordonnée du dedans. L'inspiration est expiration: je ne rends pas le dernier souffle, mais le premier.)
jeudi 8 mai 2014
L'écriture végétale
«Toutes les choses qui me viennent à l'esprit ne me viennent pas par la racine, mais par quelque endroit du côté du milieu. Allez donc essayez de les retenir -- que quelqu'un essaie donc de tenir un brin d'herbe qui ne commence à pousser que par le milieu de la tige...» (Kafka, JOURNAL)
L'écriture est l'équivalent d'un acte de foi doublé, sur toute la longueur de son événement, par un doute à l'endroit de lui-même. On ne voit pas ce qui tient invisiblement les deux extrémités de la tige, pire: on ne sait même pas si les extrémités existent, mais elles doivent être tenues par quelque chose et n'existent d'ailleurs qu'à cette condition.
Toute ligne devrait couler sitôt inscrite, entraînée par le poids de sa propre absurdité. Mais le fait est là: des phrases se nouent, des blocs narratifs se magnétisent, gravitent collectivement autour d'un X, d'un Cela-ou-rien qui ne négocie pas les termes de sa catastrophe.
mardi 6 mai 2014
lundi 21 avril 2014
Vine litt. 6
Hier après-midi, alors que j'entrais dans la buanderie située au coin de Gounod et Saint-Hubert, je tombe sur Rimbaud qui achevait de démêler un paquet de chaussettes trouées et cochonnées.
-- Yo, mon pitou! Ça fait mille ans que tout le monde te cherche! Qu'est-ce que tu fous ici?
Le gars se met à ricaner tranquillement, puis me répond après avoir craché dans la sécheuse:
-- Je suis réellement d'outre-tombe, et pas de commissions.
Bon, bon, inutile de s'énerver...
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