mardi 11 août 2026

Journal ritaphysique (11 août 2026)

Ce journal ressemble à un kaléidoscope pété.  Je vais essayer d'en colliger quelques éclats, question de distinguer un peu mieux la gueule du *système* qui se profile à l'horizon des derniers développements.

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Je disais donc: toutes les réflexions exposées dans ce journal depuis son ouverture en janvier 2025 sont un cas particulier de fiction dont le dénouement oscille entre le vide et l'éjaculation.

Je ne reviens pas là-dessus.  Je ne peux pas appréhender a priori le plan de fiction dans lequel je suis introduit (= X), pas plus que je ne peux profiler dans tous ses détails sa destinataire ritaphysique (= Y).

La conséquence en est que la rigueur conceptuelle que je cherche à introduire dans mes propos n'est pas à l'abri des retournements, des rebondissements, des coups de théâtre, etc., qui caractérisent un roman policier (par exemple); elle n'est pas non plus étrangère aux trouées esthétiques d'un poème (s'il est vrai, comme je l'ai suggéré, que la poésie aussi est un cas particulier de fiction).

Dans ces conditions, rien -- absolument rien -- de ce que j'expose ici ne peut prétendre à une objectivité comparable à celle de la phénoménologie husserlienne.  Toute objectivité (ou apparence d'objectivité) serait ici accidentelle.

J'ai affaire à la lumière, pas à l'objectivité.  Il s'agit de s'élucider autant qu'il est possible de le faire à l'aide des outils inflammables que la fiction met à ma disposition.  

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Déblocage partiel d'un certain nombre d'intuitions.

Il m'apparaît que le labyrinthe est au centre de la toile diamantée formée par l'angoisse, l'ennui, la joie et la nostalgie.

Le scellant existentiel n'est donc pas (exactement) la joie, comme je le croyais au départ, mais un 5e élément dont je ne sais s'il faut le considérer comme une disposition affective au même titre que les quatre autres.

Il s'agit du labyrinthe, c'est-à-dire d'une volonté de se perdre (peut-être l'euphorie de se savoir perdu dans l'enfilade des espaces intermédiaires) qu'on ne doit pas assimiler trop vite à une variante fancy de la pulsion de mort.

(Le labyrinthe est l'impensé de la joie, de la nostalgie, de l'angoisse et de l'ennui.  Plus précisément, il est l'espace inavouable que la temporalité nécessite afin d'existentialiser -- d'inscrire dans l'existence même -- le déploiement affectif des 4 dispositions fondamentales.  Le labyrinthe correspond à cette spatialisation intime du temps que j'ai identifiée à quelques reprises déjà, mais sans pouvoir la situer avec précision.)

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Encore une fois, je veux aller trop vite, mais je ne veux rien manquer de ce qui se passe, je ralentirai la projection une autre fois.

Si on s'en tient aux trois extases temporelles classiques (passé, présent, avenir), il est possible de les associer point pour point aux dispositions de la nostalgie, de l'ennui et de l'angoisse.

La nostalgie est manifestement orientée vers le passé (que le passé revienne à la faveur d'un désir de retour ou qu'il se tienne là où il est comme une fleur séchée, la nostalgie est d'abord et avant tout le mal de ce qui n'est plus).

L'angoisse, pour sa part, est ouverte à l'avenir, ce que Heidegger ne souligne pas assez dans son analyse -- bien que celle-ci demeure magistrale à bien des égards.  Car dans cette dérobade de l'étant en totalité, certes, le Néant apparaît, du moins, apparaît-il après coup -- le Néant lui-même, en personne, était là, dit Heidegger --, mais du sein de l'angoisse se produisant, la terreur, l'effroi, l'épouvante qui composent le noyau brûlant de l'angoisse n'ouvrent pas encore au Néant pur et simple; autrement dit, au moment où l'angoisse me transit de part en part, je cherche encore à identifier ce qui arrive, donc à distinguer la silhouette de ce qui vient, de ce qui est immédiatement à venir, et ce n'est qu'une fois le brouillard dissipé que je pourrai (enfin, fiou!) conclure que ce n'était rien.

L'ennui, quant à lui, est immédiatement greffé sur le présent.  En fait, l'ennui, c'est une panne généralisée de la présence, celle-ci étant désormais perçue comme laissée vide, sans intérêt et sans appel.  

À cet égard, l'exception que la joie représente en regard des trois autres dispositions ne tient pas seulement à la matérialité positive ou rayonnante de son affect (qui contraste avec la matérialité réactive de la nostalgie, de l'angoisse et de l'ennui) mais au fait qu'elle ne s'insère pas aussi naturellement dans l'une ou l'autre des extases temporelles.

À proprement parler, la joie ne s'excepte pas seulement du passé ou de l'avenir, elle s'excepte aussi du présent, du moins, de l'entente profane du présent entendu comme ce qui se passe ici et maintenant.

La temporalité de la joie est celle de l'Instant qui ouvre à l'éternité retrouvée dont parle Rimbaud.  C'est la mer mêlée au soleil, de fait, le point de friction du fini et de l'infini, et en ce sens, la matérialisation du temps qui prélude à sa spatialisation labyrinthique.

(À clarifier, dégrossir, etc.)

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La préséance existentielle de la joie en regard de l'ennui, de l'angoisse et de la nostalgie se justifie en ceci qu'elle permet d'entrevoir la dimension labyrinthique qui correspond à cet espace de jeu à l'intérieur duquel la temporalité des affects doit se déployer.

Se saisir comme affecté par l'angoisse, l'ennui ou la nostalgie ne va pas sans le fait de se saisir égaré, et de jouir sans se l'avouer de cet égarement même.

En ce sens, ce que j'appelle le labyrinthe est bel et bien la croix des chemins, la disposition qui se tient au croisement clandestin des autres dispositions: c'est la spatialisation intime du temps que je reconnais à ceci que mon égarement existentiel apparaît (soudain) comme un objet de désir et une occasion de jouissance, et non pas comme pas un motif de répulsion.




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