J'ai besoin d'un petit break spéculatif, yep.
S'arrêter à l'intuition que la joie est le scellant existentiel de la nostalgie, de l'ennui et de l'angoisse -- de l'angoisse aussi? hahahaha --, peut être interprété comme le signe que Joe le Dasein est au bout du rouleau.
Depuis que j'ai amorcé ce journal en janvier 2025, j'ai l'impression de jouer à un jeu dont les règles se modifient à chaque livraison, ou de participer à un quiz solitaire intitulé Trouvez l'issue: j'ouvre une porte qui ouvre sur trois portes qui ouvrent sur huit portes, etc. Je ne déteste pas, cela dit, la dimension labyrinthique de la chose, l'effet liminal space qui se dégage de tout ça, comme si le déplacement d'une zone transitoire à une autre équivalait à se retrouver (encore et toujours) dans le hall désert d'un hôtel du centre-ville ou dans le parking souterrain d'un complexe commercial de la rive sud entre 2 et 3 heures du matin.
Un peu comme dans le film Backrooms.
Ça fait ritaphysique des terrains vagues. Trouvez l'issue.
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Con/fidence/fession: je n'ai jamais écrit qu'en état d'érection. S'il n'y a pas à l'horizon de l'écriture une destinataire = Y qui correspond pour moi au sujet d'un désir absolu, en d'autres termes, si l'élan qui me voue à la fiction ou à la réflexion n'est pas ritaphysiquement polarisé, je demeure vide, aphone, crétin (ce que je suis le plus souvent, comme on a pu le remarquer, et je ne m'en plains pas davantage).
À froid, je n'ai absolument rien à dire. Plus jeune, j'en aurais fait une maladie spirituelle, un motif d'autoflagellation. Mais plus maintenant. Je m'abandonne sénilement à mon bander mou et à l'innocence intersidérale qui précède ma brève installation sur la chaise électrique de l'écriture.
(Je capitule comme un prof de conduite automobile qui consacrerait la plus grosse partie de son enseignement à raconter à ses étudiants des histoires de char comme d'autres racontent des histoires de pêche, genre: Cette nuit-là, y a un gars qui file à vive allure sur Saint-Laurent à bord de sa Trans Am; au dernier moment, il aperçoit un aveugle qui traverse la rue en tâtonnant le pavé du bout de sa canne; pour éviter la collision, le conducteur donne un coup de volant à gauche, percute un lampadaire -- et pour finir le lampadaire tombe sur l'aveugle.)
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Je maintiens que toutes les réflexions (les idées, les intuitions, les fausses couches conceptuelles) exposées dans ce journal depuis son ouverture en janvier 2025 sont un cas particulier de fiction dont le dénouement oscille entre le vide et l'éjaculation.
C'est justifier à peu de frais mon incapacité à rabouter en un système cohérent tous les fils qui pendent et à relever décemment tous les jupons qui dépassent, mais l'auteur de ce journal n'est pas extérieur à la fiction qu'il a mise en place: en un mot, je suis le personnage principal de ce fiasco philosophique. Je veux dire: les idées, ici, n'ont pas plus de consistance que les images d'un rêve dans lequel le moi du rêveur est lui-même rêvé au même titre que tout le reste.
Ou encore: de même que chez Berkeley une chose se réduit sans reste à un ensemble de qualités sensibles et perceptibles -- la conséquence étant qu'une chose non perçue cesse d'exister --, mes idées ne se déploient que dans le cadre d'une fiction invisible; dès que cette fiction se donne et se révèle pour ce qu'elle est, soit une simple fiction, les idées qui en ordonnaient le déploiement disparaissent, emportées comme des rouleaux de brume sur un lac laurentien à 5 heures du matin.
J'ai pressenti dès le début que ce projet était intrinsèquement susceptible d'échouer. À présent que l'échec est avéré, il y a deux options qui s'offrent à moi: 1) renoncer à l'érection, flusher ce journal et devenir prof de conduite automobile chez Tecnic; 2) habiter l'échec, arpenter ses profondeurs aussi rigoureusement que possible et persévérer dans le désir de la descente.
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