Johann Gottlieb Fichte (1762-1814)
Je suis en train de lire la monumentale biographie que Xavier Léon a consacré à Fichte, et j'essaie tant bien que mal de me familiariser avec la trajectoire que la philosophie allemande a épousée entre 1790 et 1796, à peu près au moment où Fichte a concocté la première mouture de sa Doctrine de la Science.
La secousse sismique provoquée par la publication de la Critique de la raison pure en 1781 n'a laissé personne en état de *penser tout droit*; écartelés entre une admiration sans borne face à la critique kantienne et une dépression nerveuse provoquée par ses points de fuite conceptuels, des penseurs tels que Reinhold ou Maimon se mettent en tête de corriger, de redresser ou de compléter la philosophie kantienne en liquidant la chose en soi, c'est-à-dire ce résidu de réel qui subsiste, parfaitement inconnaissable, en dehors du circuit de nos représentations, et le fossé qui se creuse de ce fait entre la sensibilité -- faculté ouverte aux esprits frappeurs de cet en soi -- et l'entendement.
En clair, il s'agit de réinitialiser le projet philosophique en écartant de sa trajectoire le dualisme (éprouvé comme insupportable) de l'esprit et du réel, dualisme fatalement suspendu au postulat de ce X fantomatique qui erre dans les terrains vagues de la raison et qui marque, en même temps que sa finitude, les limites de sa spontanéité.
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Il s'agit donc d'identifier le principe à partir duquel unifier ce qui, chez Kant, demeure scindé.
Or à la différence de Reinhold et de Maimon, qui tous deux cherchent le principe dans le domaine des faits primitifs (conscience chez le premier, différentielles chez le second), Fichte égale ce principe à un acte: la liberté. En d'autres termes, il n'y a pas de fait primitif, mais plutôt une scène primitive à l'intérieur de laquelle on ne rencontre rien d'autre que cet acte par lequel le Moi se pose lui-même.
Fichte théâtralise ce qui, chez les deux autres, demeure à l'état statique.
L'acte premier qui ouvre toutes les représentations à venir en est un de libre position de soi par soi. Le Moi est à lui-même sa propre thèse.
Ce faisant -- et c'est la beauté de la chose -- Fichte échappe au piège qui consiste à réintroduire la chose en soi par la porte d'en arrière. Car du moment que le principe est cherché dans un fait qui s'impose à la conscience, fut-ce le plus cartésien de tous les faits, soit la conscience elle-même, l'effet de recul est inévitable: ce que je me représente comme étant la/ma conscience est toujours une représentation, une sur-représentation si on veut, et celle-ci, ni plus ni moins que n'importe quelle autre représentation, ne peut pas se pénétrer sans reste: son fait, son donné suppose un X impénétrable à partir duquel la donation s'effectue.
Et cela ne vaut pas seulement pour la sensibilité, mais pour la raison elle-même. Il y a une aisthesis, une réceptivité propre à la raison: ses Idées cardinales (Dieu, le monde, la liberté) lui sont données; la conscience qui se porte à leur rencontre ne peut pas en épuiser le fonds, à moins de s'égaler tangentiellement à la conscience divine.
Ce que fait précisément Fichte, et c'est un véritable tour de force: égaler le Moi à l'absolu, à un infini divin de spontanéité créatrice, échapper ainsi aux apories nouménales du donné -- et puis, dieu merci, crever tout juste avant de finir à l'asile.
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Alors que peut bien ajouter à ça Retraité Gagnon, aka Joe le Dasein?
De fait, que peut-il bien trouver à redire à cette solution philosophique du point de vue d'une critique non pas externe, mais purement immanente?
Oh si peu, vous savez, si peu...
Fichte était positivement fou, il n'y a pas à sortir de là, mais comme on sait, un fou perd tout sauf sa raison. Rien de plus conséquent qu'un interné du concept.
La question est donc: peut-on être plus conséquent encore que le plus conséquent de ces fous-là?
Je crois que oui.
Yep, ici, Joe le Dasein a quelque soze à diye.
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Ce qui précède la découverte de n'importe quel principe, en fait comme en droit, c'est la recherche dudit principe.
Or toute recherche engage un questionnement, une interrogation, un /?/ dont la phénoménalité relève non pas de la conscience, mais de la pensée.
Si la pensée doit se distinguer de la conscience, c'est qu'on ne rencontre en elle qu'une simple tendance interrogative sans objet: la pensée, saisie de façon purement immanente -- donc avant toute relation nouée avec les données de la conscience, voire de l'inconscient -- est un renvoi infini de /?/ à /?/, non pas une chose en soi = X, mais un processus de pénétration sans fond de /?/ en lui-même.
C'est dire que même la liberté par laquelle le Moi se pose lui-même chez Fichte (si du moins cette autoposition n'est pas de l'ordre de l'autocréation ex nihilo) présuppose la question de cette liberté, présuppose la question quant à ce moi, bref, présuppose l'interrogation qui, une fois éprouvée et dûment conceptualisée en tant que telle, correspond au pur renvoi infini, sans fond et sans objet, du /?/ au /?/.
Telle est la scène primitive en philosophie. Et il ne peut pas y en avoir d'autre si du moins on prend au sérieux la finitude de l'esprit humain.
(Tout ce que tu as pu affirmer, poser ou postuler, tu l'as d'abord cherché.)
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Iéna, mars 1799.
Johann achève la 3e leçon de son exposé de la Wissenschaftlehre, et il s'en sort les yeux de la tête à force de concentration. Suant et à bout de souffle, il y va de ses dernières recommandations aux étudiants qui remplissent l'amphithéâtre jusqu'à en bouffer les balustres.
-- Bon, alors, mes grenouilles, nous sommes d'accord, nsspaas? Sitôt rentrés chez vous, vous allez me refaire la trajectoire de cette leçon, premièrement du début à la fin, deuxièmement de la fin au début, et troisièmement du milieu aux deux extrémités, IS DAS KLAR AAAARNAK?
(Les étudiants se ruent en direction de la sortie, cris, hurlements, cheveux arrachés, têtes qui s'entre-pètent en passant par le cadre de porte, défenestrations, etc.)
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Comme disait Pierre Bruneau autrefois à la fin du bulletin de nouvelles TVA: c'est ainsi que nous avons vu ce vendredi 5 juin.
C'est zuste ça que ze voulais diye.

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